De Adrian Wootton, Chief Executive Officer, Film London

12 novembre 2015 - 14:45

Photo du film Macbeth avec Michael Fassbender et Marion Cotillard
Macbeth avec à l'affiche Marion Cotillard et Michael Fassbender, réalisé par Justin Kurzel. Sortie en France le 18 novembre 2015. ©

Studio Canal.

Le monde entier est un plateau de cinéma : l’héritage de Shakespeare et son influence sur le 7ème art, par Adrian Wootton, Chief Executive Officer, Film London, à l'occasion du lancement du Programme Shakespeare Lives.

Les premières adaptations de Shakespeare sur pellicule datent de 1899 (Le Roi Jean, avec Sir Herbert Beerbohm Tree) et sont de plus en plus nombreuses jusqu’à la Première Guerre mondiale (la plupart sont rassemblées dans l’excellente collection de DVD du British Film Institute (BFI), Silent Shakespeare). Mais il a fallu attendre la Seconde Guerre mondiale, une bonne dose de ferveur patriotique et le génie d’un des plus brillants acteurs britanniques – c’est-à-dire Laurence Olivier - pour produire avec Henry V (1944), une adaptation de Shakespeare utilisant le célèbre procédé Technicolor, où la technique est mise au service du sujet d’une façon inégalée jusqu’alors. Olivier a ensuite poursuivi son travail pour former une trilogie avec ses célèbres Hamlet (1946) et Richard III (1955). 

A la même époque, Orson “Citizen Kane” Welles rivalisait sur grand écran avec Olivier pour le titre de grand maître des adaptations de Shakespeare, à travers sa propre série de films, réalisés avec une grande créativité mais peu de moyens, avec néanmoins en point d’orgue le formidable Falstaff (1965).

Alors qu’à Hollywood la clinquante, on insérait Shakespeare dans le génome cinématographique, tel un ADN de base pour une grande série de productions populaires, la réinterprétation la plus radicale de Shakespeare avait lieu au Japon. Le choix du réalisateur japonais de grande fresques épiques, Akira Kurosawa, de mélanger les thèmes de récits de samouraï avec l’esthétique du théâtre Nô, et de les associer à Shakespeare, a transformé Macbeth en un fantastique film d’action historique, Le Château de l’Araignée (1957). 

A la suite de Kurosawa, des réalisateurs comme le Russe Grigiori Kozintsev et sa version soviétique d’Hamlet (1964), le maître italien Franco Zeffirelli et son subtil Roméo et Juliette (1968), et le fascinant et brutal Macbeth (1971) de Roman Polanski, réalisé au Royaume-Uni, ont amené des nouvelles perspectives esthétiques aux adaptations sur pellicule de Shakespeare.

La multitude d’adaptations télévisuelles de Shakespeare au Royaume-Uni ont fait diminuer le nombre d’adaptations au cinéma dans les années 70 (à quelques rares exceptions près, comme La Tempête de Derek Jarman en 1979). C’est en fait l’acteur-réalisateur Kenneth Branagh qui redonne vie à Shakespeare sur grand écran en Grande-Bretagne, d’abord avec l’énergique Henry V (1989), suivi de cinq autres adaptations ; très impressionnant également, le Richard III de Richard Loncraine, enflammé et rugueux, dont l’interprétation par Sir Ian McKellen (1995) est restée inoubliable. 

L’adaptation réalisée hors du Royaume-Uni ayant eu le plus de succès est sans doute la version américaine contemporaine Roméo+Juliette de Baz Luhrmann avec des stars au générique, film de gangs sans concession, à l’esthétique soignée, réalisée à la fin des années 90, respectant fidèlement le texte original. 

Plus récemment, des nouvelles versions ont été proposées par le sous-continent indien. Ainsi le producteur-réalisateur Vishai Bhardwaj a réalisé trois films policiers musicaux bollywoodiens tirés de Shakespeare, dont le premier est Maqbool (2003). Une fois encore, les pièces de Shakespeare sont associées à des contextes culturels radicalement différents, et restent malgré tout clairement reconnaissable. 

Au Royaume-Uni, des nouvelles adaptations à la fois émouvantes et brutales telles que Ennemis Jurés (2011) de Ralph Fiennes (tiré de Coriolan), ou le violent et audacieux Macbeth (2015), ont suscité un grand intérêt critique et public.

Shakespeare est donc toujours présent, comme la matière noire : son oeuvre demeure, tel un glorieux héritage et une source intarissable d’inspiration donnant à des réalisateurs et à des acteurs l’envie de relever le défi de nouvelles créations, inspirant à leur tour une nouvelle génération de spectateurs.

Pour cet article, l’auteur s’est référé aux ouvrages Walking Shadows: Shakespeare, de Luke Mckernan et Olwen Terris (BFI, 1994) et Shakespeare and the Film de Roger Manvell (Barnes, 1971).